L'IA est plus créative que toi. Enfin, pas exactement.

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Une étude sur 100 000 personnes montre que l'IA bat la moyenne humaine en créativité. Mais pas les vrais créatifs. La nuance change tout.

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L'IA est plus créative que toi. Enfin, pas exactement.

"L'IA dépasse les humains en créativité !" Tu as sûrement vu passer ce titre, ou une variante, ces dernières semaines. Ça fait peur. Ça fait cliquer. Mais c'est trompeur, car en réalité, l'étude derrière ce titre raconte une histoire bien plus intéressante. Et bien plus utile pour toi.

L'étude dont tout le monde parle (mal)

En janvier 2026, une équipe de chercheurs de l'Université de Montréal, de Toronto et du Mila (le labo québécois d'IA cofondé par Yoshua Bengio) publie dans Scientific Reports, une revue du groupe Nature, les résultats de la plus grande étude jamais réalisée sur la créativité humaine face à l'IA.

Le chiffre qui frappe : 100 000 participants humains dans un panel équilibré en âge et en genre.

Le test utilisé s'appelle le DAT, pour Divergent Association Task. Le principe est simple : tu dois trouver 10 mots aussi différents que possible les uns des autres. Plus tes mots sont éloignés sémantiquement, plus ton score est élevé. "Galaxie, fourchette, nostalgie, ouragan" : bon score. "Chat, chien, hamster, lapin" : mauvais score.

Les chercheurs ont fait passer ce même test à GPT, Claude, Gemini et plusieurs autres modèles. Puis ils ont comparé les résultats.

La moyenne battue, pas les pics

Et voilà le résultat que les médias ont transformé en panique : GPT-4 bat la moyenne humaine.

Mais ce que la plupart des articles oublient de mentionner, c'est la suite. Et la suite change tout.

L'IA ne bat pas "les humains". Elle bat les humains qui ne font pas d'effort créatif particulier. C'est une différence colossale.

Déjà, forcément, les humains qui se situent dans l'autre moitié battent tous les modèles d'IA testés. Tous. Sans exception. Et plus tu montes dans le classement, plus l'écart se creuse.

Le Professeur Karim Jerbi, qui a dirigé l'étude, le dit très clairement dans La Presse : "J'insiste sur le mot 'moyenne', car elles n'ont pas dépassé tous les humains. Si vous faites partie des 10% les plus créatifs, vous gardez un avantage."

Le mot "ocean" et la créativité en boucle

Et c'est là que ça devient vraiment fascinant. Parce que quand tu regardes comment l'IA "crée", tu découvres un truc que les scores moyens ne montrent pas.

GPT-4 utilise le mot "ocean" dans 90% de ses réponses au test. "Microscope" revient dans 70% des cas. "Elephant" dans 60%.

Les humains ? Le mot le plus fréquent, c'est "Voiture", à 1.4%. Ensuite "Chien" à 1.2%. La variété est presque infinie. Chaque personne pioche dans son propre réservoir d'expériences, de souvenirs, de bizarreries personnelles.

L'IA, elle, retourne aux mêmes coins de sa mémoire statistique. Comme un musicien qui jouerait techniquement bien mais reviendrait toujours au même riff sans improvisation. Le score global est bon. Mais la palette est étroite.

Créer sans le savoir

Et ça pose une question que les chercheurs eux-mêmes soulèvent. Jerbi l'a formulée simplement : "Qu'est-ce que ça nous dit sur la créativité ? Est-ce que ça nécessite une forme de conscience ?"

Il parle pour ça d'agentivité : c'est la capacité de décider intentionnellement. De choisir. De se dire "je vais dans cette direction parce que ça me parle, parce que ça me fait peur, parce que c'est bizarre et que j'aime le bizarre."

L'IA ne fait rien de tout ça. Elle calcule la prochaine séquence de mots la plus probable, avec un peu de bruit statistique pour éviter d'être trop prévisible. Ce qui nous amène au détail le plus parlant de toute l'étude.

La créativité comme bouton de volume

Pour comprendre, il faut revenir à ce qu'est un LLM : une machine statistique qui, mot après mot, calcule le terme suivant le plus probable dans une phrase. Rien de plus.

Le problème, c'est que si on choisit toujours le mot le plus probable, on obtient toujours la même réponse à la même question. Alors on ajoute un peu de hasard, c'est ce qu'on appelle la température.

À température basse, l'IA pioche parmi les tout premiers choix les plus probables : les réponses sont fiables, mais prévisibles. Quand on monte la température, elle va piocher plus loin dans la liste. Les réponses deviennent plus variées, plus surprenantes. Mais le classement des mots, lui, ne change jamais. Et si on pousse trop le curseur, l'IA s'éloigne tellement des choix probables que la phrase perd tout son sens.

Chez un humain, la créativité naît d'un réseau de connexions entre expériences vécues, émotions, obsessions et contradictions. Chez l'IA, elle vient d'un nombre décimal entre 0 et 2 qui ajoute du hasard dans un calcul statistique.

Ce que ça change pour toi

Jay Olson, co-auteur de l'étude et créateur du test DAT, pose la bonne question : "Ces modèles donnent l'impression d'être créatifs quand on les utilise, mais une bonne partie des gens sont capables de faire mieux qu'eux sur ce type de tâche. Notre pensée créative n'est peut-être pas quelque chose qu'on devrait déléguer à ces machines."

En clair : si tu fais partie de ceux qui peuvent battre l'IA en créativité (et statistiquement, c'est un humain sur deux), déléguer ta pensée créative à ChatGPT, c'est te tirer une balle dans le pied.

L'IA est un outil formidable pour structurer, reformuler, accélérer. Mais la pensée divergente, celle qui fait naître les idées que personne n'a eues, elle reste ton territoire.

Le vrai risque, ce n'est pas que l'IA devienne créative. C'est que tu arrêtes de l'être parce que tu lui as tout délégué.

Fais le test

Tu veux savoir où tu te situes ? Le test utilisé dans l'étude est gratuit et accessible en ligne. Il prend deux minutes.

👉 datcreativity.com

Trouve 10 mots aussi différents que possible. Compare ton score. Et la prochaine fois que tu vois un titre qui annonce que "l'IA dépasse les humains", tu sauras exactement quoi en penser.

Sujets abordés :

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Questions fréquentes

L'IA est-elle vraiment plus créative que les humains ?
Pas exactement. Selon une étude de l'Université de Montréal sur 100 000 participants, l'IA bat la moyenne humaine au test de créativité divergente (DAT), mais 50% des humains font mieux que tous les modèles testés, et l'écart se creuse dans le top 10%.
Quel test a été utilisé pour mesurer la créativité ?
Le Divergent Association Task (DAT) : il faut trouver 10 mots aussi différents que possible les uns des autres. Plus les mots sont éloignés sémantiquement, plus le score est élevé. Le test est gratuit sur datcreativity.com.
Pourquoi l'IA a-t-elle un bon score malgré tout ?
L'IA produit des mots sémantiquement éloignés, ce qui donne un bon score moyen. Mais elle recycle les mêmes mots : GPT-4 utilise 'ocean' dans 90% de ses réponses. Les humains, eux, ne dépassent jamais 1,4% de fréquence pour un même mot.
Faut-il arrêter d'utiliser l'IA pour les tâches créatives ?
Non, mais il ne faut pas lui déléguer la pensée divergente. L'IA excelle pour structurer, reformuler et accélérer. Mais les idées originales restent le territoire humain, surtout si vous faites partie de la moitié qui bat déjà les modèles.
Où peut-on passer le test de créativité DAT ?
Le test est gratuit et prend deux minutes sur datcreativity.com.
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