Capex IA : Microsoft dépense mieux que Meta
Microsoft a dépensé plus que Meta ce trimestre : 35,8 milliards contre 31,1. Et il lui reste 19,6 milliards de cash libre, contre 784 millions.

Capex IA : Microsoft dépense mieux que Meta
784 millions de dollars. C'est le cash libre que Meta a dégagé au deuxième trimestre 2026, contre 8,5 milliards un an plus tôt. Une chute de 91 % en douze mois.
L'explication qui vient tout de suite, c'est que Meta dépense plus que les autres pour l'IA. Elle est fausse. Sur ce même trimestre, Microsoft a dépensé davantage, et il lui reste 19,6 milliards.
Deux communiqués, le même trimestre
Les deux groupes ont publié leurs comptes le 29 juillet au soir, après la clôture de Wall Street. Le calendrier tombe bien : le quatrième trimestre de l'exercice de Microsoft et le deuxième trimestre de Meta couvrent exactement la même période, les trois mois clos le 30 juin 2026. Aucun retraitement n'est nécessaire pour les comparer.
Côté dépenses d'infrastructure, Microsoft a engagé 35,8 milliards de dollars sur le trimestre, contre 17,1 milliards un an avant. Meta a engagé 30,1 milliards en immobilisations, auxquels s'ajoutent 962 millions de principal sur ses locations-financement, soit 31,1 milliards.
Côté cash libre, les trajectoires divergent. Meta publie le chiffre elle-même, comme mesure réconciliée dans son communiqué : 784 millions, contre 8 549 millions un an plus tôt. Microsoft, lui, ne publie aucune ligne de free cash flow. En appliquant la définition la plus courante, ses 55 441 millions de flux d'exploitation moins ses 35 802 millions d'immobilisations donnent 19,6 milliards. Le calcul est de nous, l'opération est posée pour être refaite.
Vingt-cinq fois plus de cash libre, pour 4,7 milliards de dépenses supplémentaires.
Ce qui change tout : savoir à qui on facture
Microsoft construit des centres de données et en revend l'accès. Chaque dollar de béton et de processeurs devient une capacité louée à des clients qui signent. Le communiqué donne la mesure de ces signatures : le carnet de commandes commercial engagé atteint 678 milliards de dollars, en hausse de 84 % sur un an. C'est de l'argent que des clients se sont contractuellement obligés à verser.
Meta construit aussi des centres de données, et les remplit de ses propres modèles. La capacité sert à classer les contenus de Facebook et d'Instagram, à cibler la publicité, à faire tourner ses assistants. Elle produit de la valeur, elle ne produit pas de facture : il n'y a pas de client au bout du câble, il y a Meta.
Deux promoteurs construisent le même immeuble dans la même rue, pour le même prix. Le premier a des baux signés avant la première pierre. Le second y installe ses propres bureaux. Au bout d'un an, les deux ont dépensé autant, et un seul encaisse des loyers.
Le trimestre où l'IA a commencé à se financer à crédit
Le détail le plus parlant du communiqué de Meta ne figure pas dans le compte de résultat, mais dans le tableau de flux de trésorerie. Sur ce seul trimestre, le groupe a levé 24,9 milliards de dollars de dette long terme nette. Un an plus tôt, sur cette même ligne, il y avait zéro.
Sa dette long terme atteint 83,66 milliards au 30 juin, face à 90,26 milliards de trésorerie et de titres négociables. La solvabilité n'est pas en cause, la bascule l'est : le capex IA passe de l'autofinancement à l'emprunt.
On a vu le même glissement un cran plus bas dans la chaîne, quand Nebius a emprunté 775 millions de dollars en gageant ses GPU. Ce qui se jouait chez un opérateur de taille moyenne se joue maintenant dans les comptes d'un groupe qui encaisse 60,8 milliards de chiffre d'affaires par trimestre. Une carte de crédit reste une carte de crédit, que la limite soit de mille euros ou de vingt-cinq milliards.
Meta a d'ailleurs resserré sa fourchette de dépenses 2026 par le bas, de 125-145 à 130-145 milliards de dollars, locations-financement incluses. Le plancher monte, pas le plafond.
Ce que Microsoft ne met pas en avant
Deux nuances, sinon le contraste tourne au conte moral.
La première : le cash libre de Microsoft baisse aussi. 19,6 milliards ce trimestre contre 25,6 milliards un an avant, soit 23 % de moins. Le capex IA pèse sur les deux entreprises, l'écart est d'amplitude et non de nature.
La seconde est plus instructive. Microsoft affiche un bénéfice par action dilué en hausse de 32 %. Le même communiqué précise que, retraité des effets de ses participations dans OpenAI, il progresse de 23 %. Neuf points de croissance viennent donc de la façon dont Microsoft comptabilise ses paris dans l'IA, et non de la vente d'IA.
S'y ajoute une plus-value de 3,2 milliards de dollars sur sa participation dans Anthropic. Elle est logée sous la ligne du résultat opérationnel, dans les autres produits financiers, et ne touche donc ni le chiffre d'affaires ni la marge d'exploitation. Elle explique une bonne part de l'écart entre les résultats du trimestre et les prévisions que le groupe avait données en avril.
Rien de tout cela n'est irrégulier ni dissimulé : c'est écrit dans le communiqué, en toutes lettres, et Microsoft publie même la version retraitée. Quand on lit que l'IA paie enfin chez Microsoft, il vaut simplement la peine de savoir qu'une partie de la preuve est une réévaluation d'actifs.
Ce qui reste vrai des deux côtés
Azure a progressé de 43 % sur le trimestre, et a dépassé sur l'exercice les 100 milliards de dollars de revenu annuel pour la première fois. Microsoft 365 Copilot compte plus de 30 millions de sièges payants. C'est de la performance opérationnelle, et elle est massive.
Meta n'est pas pour autant une entreprise en difficulté. Son chiffre d'affaires progresse de 28 % à 60,8 milliards, elle dégage 15,8 milliards de résultat net, et sa marge opérationnelle tient à 31 %. Elle vient de 43 % un an plus tôt, et cette compression est exactement ce qu'un investissement de cette taille produit quand il n'a pas encore de contrepartie facturable.
« AI is accelerating our core business today », a déclaré Mark Zuckerberg en présentant ces comptes. C'est probablement vrai. Accélérer son cœur de métier et le faire payer par quelqu'un d'autre restent deux exercices distincts, et un seul des deux se lit dans un tableau de flux de trésorerie.
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Questions fréquentes
Pourquoi le free cash flow de Meta a-t-il chuté de 91 % ?
Microsoft a-t-il dépensé plus ou moins que Meta pour l IA ce trimestre ?
Le free cash flow de Microsoft baisse-t-il aussi ?
Qu est-ce que le carnet de commandes engagé de 678 milliards de dollars ?
La plus-value de 3,2 milliards sur Anthropic compte-t-elle dans le résultat opérationnel de Microsoft ?

Alexandre Noto
Co-fondateur & Expert Tech
Alexandre est dans la tech depuis plus de 20 ans. Entrepreneur, architecte logiciel et passionné d'intelligence artificielle, il traduit les concepts complexes en explications accessibles. Chez Declic Media, il est la voix technique qui rend l'IA compréhensible pour tous.
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