OpenAI tue Sora et plante Disney : quand le spectaculaire ne paie plus
OpenAI ferme Sora, son générateur vidéo star, et fait sauter un deal à 920 M€ avec Disney. Derrière le choc, un virage stratégique qui en dit long sur l'avenir de l'IA.

920 millions d'euros. C'est ce que Disney s'apprêtait à investir dans OpenAI. Hier soir, tout a sauté.
Lundi 24 mars, OpenAI a annoncé la fermeture de Sora, son générateur de vidéos par IA. Pas une mise en pause. Pas un "pivot". Une fermeture. Disney a retiré son investissement et mis fin au partenariat dans la foulée.
Le truc, c'est que Sora n'était pas un petit projet de labo oublié dans un coin. C'était le deuxième hit grand public d'OpenAI après ChatGPT. Et son enterrement raconte quelque chose de bien plus large que la fin d'un outil vidéo.
De la démo magique à l'app n°1
Il faut rembobiner un peu pour mesurer la chute.
Février 2024 : OpenAI sort une démo de Sora. Des vidéos de quelques secondes, générées à partir d'un prompt texte. Une femme qui marche dans une rue de Tokyo sous la neige. Un golden retriever sur un podcast. Internet s'enflamme. Les réseaux sociaux parlent de "moment iPhone" pour la vidéo. L'excitation est réelle.
Dix mois plus tard, en décembre 2024, la première version publique arrive. Sora 1 fait le job, même si la magie de la démo se heurte à la réalité des doigts à six phalanges et des physiques approximatives.
Puis en septembre 2025, Sora 2 débarque avec une app standalone. Numéro 1 sur l'App Store. Un million de téléchargements en un temps record. Les clips générés inondent TikTok et Instagram.
Le deal Disney : l'apogée avant la chute
En décembre 2025, le partenariat avec Disney ressemble à la consécration. Une licence de trois ans sur plus de 200 personnages : Marvel, Pixar, Star Wars, les classiques Disney. Le projet : permettre aux utilisateurs de créer des vidéos "fan-inspired" qui seraient diffusées sur Disney+.
Bob Iger, le patron de Disney, vantait encore l'accord en février 2026. L'alliance entre la tech la plus en vue et le catalogue de propriétés intellectuelles le plus puissant du monde.
Sauf que dans les couloirs d'OpenAI, l'ambiance avait déjà changé.
"Code red" : la guerre est ailleurs
En mars 2026, lors d'un all-hands interne, Fidji Simo, la responsable des applications chez OpenAI, prononce les mots "code red". Sa consigne est limpide : arrêter les "side quests".
Il faut savoir que pendant que Sora accumulait les likes et les téléchargements, la concurrence bougeait sur un tout autre terrain. Anthropic, avec Claude, grappillait des parts de marché en entreprise et sur le coding. Google Gemini dominait les benchmarks fin 2025. Les deux boîtes attaquaient là où se trouvent les vrais contrats : la productivité, le développement logiciel, l'intégration en entreprise.
OpenAI se retrouvait dans une position paradoxale. Le produit le plus viral de la planète IA, et pourtant une position stratégique qui s'effritait sur les segments qui rapportent.
Le calcul est devenu simple, presque brutal. La génération vidéo consomme une quantité massive de puissance de calcul. Chaque seconde de vidéo générée par Sora, c'est du GPU qui ne tourne pas pour entraîner les modèles de langage next-gen. Et ces modèles, c'est le coeur du business.
Sam Altman l'a formulé sans détour : fermer Sora libère des ressources pour ce qui compte. OpenAI prépare une "super app" qui fusionne ChatGPT, Codex et Atlas, recentrée sur la productivité et l'entreprise. Le spectacle est terminé, place à la plomberie.
Disney, trente minutes pour encaisser
L'équipe Disney était en réunion avec OpenAI trente minutes avant l'annonce publique. Trente minutes. Pour apprendre que tout partait à la poubelle.
Le communiqué de Disney est un petit chef-d'oeuvre de froideur corporate : "Nous respectons la décision d'OpenAI de quitter le business de la génération vidéo." Quand une entreprise "respecte" ta décision dans un communiqué de presse, c'est qu'elle est furieuse.
Josh D'Amaro, le nouveau CEO de Disney, hérite d'un joli dossier. D'un côté, un partenariat phare qui s'évapore du jour au lendemain. De l'autre, des procédures légales ouvertes contre à peu près tous les acteurs de l'IA générative : des mises en demeure contre Google et Meta, des poursuites contre Midjourney, Minimax, ByteDance et son outil Seedance.
Disney voulait contrôler l'IA qui touche à ses personnages. La stratégie tenait en deux mots : licencier les amis, attaquer les autres. Sauf que l'ami principal vient de quitter la table.
Le spectaculaire attire les likes, l'utile attire les budgets
Ce qui se joue ici dépasse largement OpenAI et Disney.
On a passé deux ans à mesurer le progrès de l'IA à sa capacité à nous impressionner. La vidéo générée en est le symbole parfait : c'est spectaculaire, c'est partageable, ça fait des millions de vues. Mais ça ne résout pas le problème de personne en particulier.
En face, les outils qui aident un développeur à coder plus vite, un commercial à rédiger ses propositions, ou une équipe juridique à analyser des contrats, ça ne fait pas le buzz sur X. Mais ça justifie un abonnement à 200 € par mois et par utilisateur.
Sora avait les téléchargements et le deal Disney. Mais l'engouement retombait dès janvier 2026, et les problèmes s'accumulaient : contenus violents, deepfakes, questions de copyright non résolues. Le coût en GPU était colossal, les risques aussi.
Je pense que c'est un moment de bascule pour toute l'industrie. Quand la boîte la plus en vue de l'IA admet que le "wow" ne suffit pas, ça envoie un signal que personne ne peut ignorer.
Et maintenant ?
La génération vidéo par IA ne disparaît pas. ByteDance, Minimax et d'autres continuent. Mais ils avancent sous une pression légale croissante, sans le bouclier que représentait le deal Disney pour OpenAI.
Pour OpenAI, le pari est clair : gagner la course contre Anthropic et Google là où les marges existent. Transformer ChatGPT de gadget conversationnel en outil de travail indispensable. C'est moins excitant que des courts-métrages Pixar en trente secondes. Mais c'est probablement plus viable.
La leçon vaut pour tout le monde dans cette industrie. Construire ce qui impressionne, c'est facile. Construire ce qui sert, c'est le vrai travail. Et parfois, pour avancer, il faut avoir le courage de tuer ce qui brille.



