29 hôpitaux anglais « profitent » de Palantir. Ils disent ne pas l'utiliser
Tout dépend de ce qu'on appelle en profiter.

Branché, mais pas allumé
L'hôpital de Torbay, dans le Devon, ne s'en cache pas : il n'utilise pas « opérationnellement » la plateforme de données que Palantir a construite pour le NHS, le service public de santé anglais. NHS England, l'agence qui pilote ce système, le range pourtant parmi les établissements raccordés, et même parmi ceux qui en tirent des bénéfices. La raison, rapportée par le Guardian : l'infrastructure est en place pour la remontée de données, pas pour un usage actif des applications.
Torbay n'est pas un cas isolé. Selon l'enquête publiée le 2 novembre par le Guardian, 29 établissements que NHS England présente comme bénéficiaires répondent que le système n'est pas en service chez eux, ou qu'ils n'utilisent aucune de ses applications. Les hôpitaux universitaires des North Midlands vont plus loin : la plateforme n'y tourne pas, et ils n'ont « pas l'intention de la déployer à l'avenir ».
C'est un peu la salle de sport qui compterait parmi ses membres actifs tous ceux qui ont un badge, y compris ceux qui ne passent jamais le tourniquet.
330 millions de livres et une échéance en 2027
Pour qui n'a pas suivi : en mai, on racontait comment Palantir s'installait dans le NHS et chez ICE le même jour. La « Federated Data Platform » est un contrat de 330 millions de livres. Elle doit relier des dossiers éparpillés, accélérer les sorties d'hôpital et mieux remplir les blocs opératoires.
Le contrat comporte une clause de sortie en 2027. Selon le Guardian, Chi Onwurah, qui préside la commission des sciences de la Chambre des communes, demande au gouvernement de l'activer, et la commission de la santé réclame aussi le retrait de Palantir. Comme un bail résiliable à date fixe : à l'approche de l'échéance, chaque chiffre devient un argument.
Les 29 réponses viennent de plus de 100 demandes d'accès aux documents déposées par Medact, une association de médecins qui milite pour l'éviction de Palantir, et transmises au Guardian. Ces réponses, on ne les a pas lues : le décompte des 29 est celui du journal. La liste officielle, elle, est publique. On l'a ouverte.
On a ouvert la liste
La page de NHS England aligne 142 trusts raccordés, les entités qui gèrent un ou plusieurs hôpitaux. Ceux qui en tirent des bénéfices sont écrits en gras. On a compté : 137 sont en gras, cinq seulement ne le sont pas. Autrement dit, 96 % des établissements raccordés sont classés bénéficiaires.
Epsom et St Helier, Mersey Care, Nottingham, les North Midlands, Torbay : cinq des établissements cités par le Guardian y figurent bien en gras. Une catégorie où presque tout le monde entre ressemble à une course où chaque participant repart avec une médaille. Elle ne dit plus qui a couru.
Ce que veut dire « en tirer des bénéfices » est écrit sur la page voisine. Les bénéfices viennent de « différents types de produits ». Certains servent les soins. D'autres sont des outils d'analyse et de transmission de données, qui aident les analystes à faire plus vite le travail de back-office.
Les outils de soin, eux, sont comptés à part sur la même page. Le plus répandu, le module qui aide à remplir les blocs opératoires, est compté dans 40 trusts. Celui qui organise les sorties d'hôpital, dans 30. Le suivi des parcours de cancer, dans 6. Aucun n'approche 137.
80, puis 137
Les archives du web ont gardé les versions précédentes de la page, et elles racontent comment on en est arrivé là. Fin mars 2025, NHS England comptait 72 trusts bénéficiaires, et précisait que ces bénéfices venaient des produits commandés au niveau national. Fin septembre 2025 : 77. Fin février 2026 : 80, et la précision sur les produits a disparu.
La mise à jour suivante, publiée en juin, donne 137 à fin mai. En trois mois, la catégorie a gagné 57 établissements. C'est dans cette version qu'apparaît, pour la première fois, la phrase sur les outils de back-office.
Pendant ce temps, les compteurs des outils de soin bougent à peine. Celui des blocs opératoires reste à 39, celui des sorties d'hôpital à 25, celui de la validation des listes d'attente passe de 23 à 27. Ces compteurs-là sont publiés avec un trimestre de décalage : on ne peut donc pas affirmer que les 57 nouveaux venus font tous du back-office. Mais aucun outil de soin n'a gagné autant d'hôpitaux, ni de près.
C'est la règle du jeu qu'on réécrit en cours de partie : le score monte, et personne n'a marqué de nouveau but.
Ce n'est pas un mensonge
La définition est écrite noir sur blanc, et NHS England l'avait déjà dit : sa liste inclut les établissements qui se servent de la plateforme pour analyser et transmettre des données, pas seulement pour soigner. D'après le Guardian, certains hôpitaux qui disent ne pas l'utiliser en emploieraient une petite partie pour calculer le coût des traitements. Gagner du temps sur un tableau de coûts est un bénéfice réel, de la même façon qu'un compteur électrique bien posé rend service. Ce n'est pas celui qu'on imagine en lisant « 137 hôpitaux en profitent ».
Le problème est ailleurs. Pour qu'un outil de soin soit compté, la méthode publiée exige qu'il soit activement utilisé par les équipes. Pour le chiffre de tête, celui que l'agence oppose aux critiques, la page de méthode ne décrit aucun calcul. Interrogée par le Guardian, NHS England maintient que près de 140 trusts ont fait état de bénéfices grâce à la large gamme d'outils de la plateforme.
Ces chiffres ont déjà été examinés. En juillet, l'autorité britannique de la statistique (OSR) a pris acte d'une phrase que NHS England venait d'ajouter : l'agence ne peut pas conclure à un lien de cause à effet entre la plateforme et les opérations supplémentaires qu'elle affiche. Elle s'est aussi engagée à signaler tout changement de méthode au moment où il intervient. L'élargissement de juin précède cet engagement. Sur les 29 hôpitaux, l'OSR indique au Guardian qu'elle se saisit du dossier.
Même au sein du NHS, la gêne existe. Marc Farr, qui préside le réseau des responsables de la donnée des hôpitaux, se dit inquiet et demande que les bénéfices soient rapportés de façon exacte, transparente et vérifiable.
Ce que le chiffre ne tranche pas
Palantir défend son bilan avec des résultats de soin : 117 000 opérations de plus, des retards de sortie réduits de 14,3 % pour les longs séjours. Son patron pour le Royaume-Uni et l'Europe, Louis Mosley, accuse ceux qui veulent rompre le contrat de faire passer la politique avant les patients. Ces résultats viennent des outils de soin, déployés dans une quarantaine de trusts au plus.
En 2027, le gouvernement devra dire s'il garde Palantir. Le chiffre de 137 lui dira combien de tuyaux sont posés. Pas combien d'hôpitaux soignent avec.
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Questions fréquentes
Que révèle l'enquête du Guardian sur Palantir et le NHS ?
Combien d'hôpitaux NHS England compte-t-il comme bénéficiaires de Palantir ?
Combien d'hôpitaux utilisent les outils de soin de la plateforme ?
Pourquoi le nombre d'hôpitaux bénéficiaires est-il passé de 80 à 137 ?
NHS England a-t-il trompé le public sur Palantir ?

Alexandre Noto
Co-fondateur & Expert Tech
Alexandre est dans la tech depuis plus de 20 ans. Entrepreneur, architecte logiciel et passionné d'intelligence artificielle, il traduit les concepts complexes en explications accessibles. Chez Declic Media, il est la voix technique qui rend l'IA compréhensible pour tous.
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