Barclays : 5 000 postes supprimés pour l'IA ?
Quelle part de ces 5 000 postes revient vraiment à l'IA ?

Jeudi, 5 000 postes et un mot
Jeudi 22 octobre, Barclays a présenté ses résultats du troisième trimestre. Bénéfice avant impôt : 2,3 milliards de livres, en hausse de 12 % sur un an. Un nouveau rachat d'actions de 500 millions, qui porte à 2,8 milliards ce que la banque a rendu à ses actionnaires depuis janvier. Et, au détour du discours aux analystes, une réduction attendue d'environ 5 000 postes à temps plein, soit 5 % des effectifs.
Le Guardian a titré sur les progrès de productivité de l'IA salués par les dirigeants. Le syndicat Unite a accusé la banque de se servir de l'IA comme d'une « excuse » pour se débarrasser de salariés fidèles. En une journée, l'histoire était écrite : l'IA supprime 5 000 emplois dans une grande banque britannique.
On a ouvert les documents publiés par Barclays le jour même. L'histoire y est plus étroite.
La phrase qui a fait les titres
Elle est prononcée par Anna Cross, la directrice financière, et figure dans le discours officiel mis en ligne par la banque. Ces mesures impliquent une réduction attendue d'environ 5 000 postes. Puis : environ 60 % des actions du groupe concernent les fonctions support, « dont moins de développeurs, car l'IA rend nos équipes plus productives ».
Relue lentement, la phrase a trois étages. Les 5 000 postes. Les 60 % de mesures qui touchent les fonctions support. Et, à l'intérieur de ce sous-ensemble, les développeurs, seule catégorie pour laquelle l'IA est invoquée. Une poupée russe dont les titres ont retenu la plus grande figurine, en lui prêtant le visage de la plus petite.
Une note de bas de page resserre encore : les 60 % sont calculés sur les seules mesures décidées au second semestre. Combien de développeurs ? Le document ne le dit pas.
Une autre note fixe le périmètre des 5 000 : toutes les mesures de restructuration de l'exercice 2026, celles du premier semestre comprises, et sous réserve des consultations collectives et individuelles. Le chiffre est neuf. En juillet, la banque avait annoncé jusqu'à 500 millions de livres de restructurations supplémentaires pour le second semestre, mais en livres, sans un seul nombre de postes. C'est ce montant qui vient de prendre un visage.
Ce que disent les autres pages
Le communiqué de résultats, lui, ne prononce pas le mot. Il parle de réductions d'effectifs « permises par la technologie ». La diapositive qui accompagne la phrase d'Anna Cross range les gains attendus sous une seule ligne : simplification de l'organisation, changement technologique et efficacité tirée de l'IA, dans la même puce, sans aucun chiffre pour les départager.
Le directeur général, C. S. Venkatakrishnan, a donné sa propre version dans le même discours. La banque va employer l'IA à grande échelle, « mais l'IA est la cerise sur le gâteau, pas le gâteau ». Le gâteau, d'après lui, c'est la standardisation des données, la modernisation des infrastructures et l'harmonisation des processus.
Devant les journalistes, selon le Guardian, on lui a demandé combien de suppressions étaient directement liées à l'IA. Il a répondu par les investissements technologiques et la simplification des processus, qui produisent selon lui l'essentiel des gains d'efficacité constatés jusqu'ici. L'IA aurait un rôle important, peut-être plus important à l'avenir. Aucun chiffre.
Il n'y a donc pas vraiment deux dirigeants qui se contredisent. Il y a une phrase sur les développeurs, lue comme une phrase sur 5 000 personnes.
Un air de déjà-vu
Ce chiffre rond, Barclays l'a déjà annoncé. En janvier 2024, la banque confirmait avoir supprimé environ 5 000 postes dans le monde au cours de l'année 2023, sur un effectif d'environ 84 000 personnes selon City AM. La déclaration de son porte-parole, citée à l'identique par City AM et LBC, situait la majorité des départs dans les fonctions support et dans la direction des opérations de Barclays UK, à mesure que les échelons de management étaient réduits et que le groupe améliorait ses capacités technologiques et d'automatisation.
Même ordre de grandeur, mêmes fonctions support, même explication par la technologie. La différence tient au vocabulaire : en 2023, le mot « IA » n'apparaissait nulle part. ChatGPT était pourtant sorti depuis plus d'un an.
C'est un peu comme repeindre la même voiture pour le salon suivant. La couleur change, et le moteur sous le capot reste celui du plan d'économies.
Ce que l'IA fait vraiment chez Barclays
Ce serait une erreur de conclure que l'IA ne compte pour rien. Le plan est nouveau par son ampleur : le moteur a pris de la cylindrée. Les deux années précédentes, la banque a dégagé environ 0,7 milliard de livres d'économies brutes par an, et c'était encore son hypothèse de février. Elle en attend désormais plus de 1,1 milliard en 2027, après avoir accéléré ses restructurations cette année.
Chez Barclays UK, Anna Cross décrit aussi des effets concrets. En un an, les appels aux centres de relation client ont baissé de 10 %, grâce aux outils mis à disposition des clients. Le nombre d'employés par agence a reculé d'environ 10 %. Selon le Guardian, 1 000 des 5 000 postes ont déjà disparu depuis janvier.
Mais aucun document ne dit quelle part des 5 000 revient à l'IA, et la personne la mieux placée pour le dire, interrogée, ne l'a pas fait. Le communiqué, la diapositive, le discours et la conférence de presse : quatre occasions, zéro chiffre.
Pourquoi le mot est entré dans la phrase
La question reste ouverte : pourquoi l'IA figure-t-elle dans l'annonce de 2026, et pas dans celle de 2023 ? On peut avancer une hypothèse, sans la prêter à la banque. Le décor : un bénéfice en hausse, et à six jours d'un budget où le gouvernement britannique devrait, selon le Guardian, alourdir la fiscalité des banques. Dans ce contexte, « l'IA rend nos équipes plus productives » s'entend mieux que « nous réduisons nos coûts ».
Barclays n'est pas seule à raconter cette histoire. Quelques mois plus tôt, rappelle le Guardian, Standard Chartered annonçait plus de 7 000 suppressions de postes en quatre ans en accélérant sur l'IA, soit environ 15 % de ses postes de back-office d'ici 2030. Une enquête de Gartner auprès de 2 002 directeurs informatiques, rapportée par The Decoder, indique que 58 % d'entre eux doivent livrer des économies grâce à l'IA, et que 13 % seulement des répondants constatent des retours majeurs ou transformateurs. On demande à l'IA de rembourser une dépense avant qu'elle ait rapporté.
On l'avait déjà relevé : ceux qui annoncent la fin des emplois vendent souvent les outils censés la provoquer. Chez Anthropic, le rapport maison sur l'emploi choisissait son unité de mesure. Chez Barclays, on choisit son mot.
Le syndicat parle d'excuse sans le démontrer, la banque parle de productivité sans la chiffrer. Unite demande que les employeurs forment leurs salariés pour qu'ils restent en poste quand la technologie change le travail, plutôt que de s'en séparer. Encore faudrait-il savoir quelle technologie, et quels postes elle change vraiment.
Le patron de Barclays, lui, a donné la seule mesure disponible, et elle est pâtissière. Si l'IA n'est que la cerise, c'est pourtant elle qu'on a posée en vitrine.
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Questions fréquentes
Combien de postes Barclays va-t-il supprimer ?
Barclays attribue-t-il ces 5 000 suppressions de postes à l'IA ?
Que dit le directeur général de Barclays sur le rôle de l'IA ?
Barclays avait-il déjà supprimé 5 000 postes avant l'IA ?
Les entreprises tirent-elles déjà des gains de l'IA ?

Julien-Pierre Noto
Entrepreneur & Voix du terrain
Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.
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