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En Finlande, Google a déboisé avec l'aval des communes

L'autorité de l'environnement lui demande de tout arrêter.

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En Finlande, Google a déboisé avec l'aval des communes

Le 5 juin, à Muhos

Le 5 juin 2026, le contrôle des constructions de Muhos, une commune du nord de la Finlande, écrit à une société nommée Tuike Finland. Le message tient en une idée : les travaux préparatoires prévus par l'article 109 de la loi sur la construction sont possibles. Abattage, creusement, minage, tout ce qu'on fait avant de couler la première fondation.

Dix-huit jours plus tôt, le 18 mai, une autre administration avait écrit à la même commune, qui l'avait consultée. L'autorité finlandaise des permis et du contrôle, la LVV, y expliquait qu'aucun permis ne devait être accordé à ce projet avant la fin de son évaluation environnementale. La commune a donc laissé en attente une demande de permis de travaux paysagers, déposée fin mars pour des travaux liés au même projet.

Le permis est toujours en attente. Les travaux, eux, ont eu lieu. Le 6 octobre, la LVV a demandé à Tuike Finland de les arrêter. Pour comprendre comment on en arrive là, il faut regarder ce que chaque guichet avait le droit de dire.

Tuike Finland, c'est Google

Les deux actes publiés par la LVV ne parlent que de Tuike Finland Oy. Mais ils sont adressés à une boîte mail en google.com, et au registre du commerce finlandais, la société porte aussi depuis 2010 le nom « Google Technology Finland ». Son activité déclarée : infrastructure de calcul et hébergement.

Les projets sont deux campus de data centers. À Muhos, neuf bâtiments sur un site d'environ 571 hectares, refroidis par l'eau de la rivière Oulujoki. À Kajaani-Otanmäki, huit bâtiments sur environ 405 hectares, raccordés par une ligne aérienne de 400 kV. Chacun prévoit plus de 300 MW de groupes de secours, et les deux actes relèvent le même trou : la puissance totale de secours ne figure pas dans le programme d'évaluation.

Selon l'AFP, Google a annoncé en septembre 13 milliards d'euros d'investissement sur deux ans dans l'infrastructure numérique du pays, et présente ses projets finlandais comme son plus gros investissement en Europe. De quoi peser lourd face à des riverains dont on sait, ailleurs, qu'ils refusent souvent un data center près de chez eux.

Deux lois, deux portes

La loi sur la construction (751/2023) autorise, par son article 109, des travaux préparatoires avant le chantier proprement dit. La loi forestière, elle, demande une déclaration d'usage avant une coupe. Tuike dit avoir fait les deux et prévenu les communes à l'avance. Dans sa réponse du 25 septembre à la LVV, elle affirme que ses travaux n'ont pas exigé de permis.

La loi sur l'évaluation des incidences environnementales, dite YVA, raisonne autrement. Elle s'intéresse moins à l'autorisation d'un geste qu'à son moment : avant ou après l'évaluation. Or l'évaluation des deux sites, lancée à l'été 2025, n'est pas terminée : son rapport est attendu fin 2026.

Prenons un bâtiment à deux portes. Le contrôle des constructions garde la première et vérifie qu'on a le droit d'abattre. La LVV garde la seconde et vérifie qu'on a d'abord mesuré ce qu'on abat. Tuike est passée par la première. L'acte du 6 octobre répond que l'avis de la commune ne dispense pas de respecter la loi YVA : chaque administration est compétente pour sa loi, pas pour celle du voisin.

Ce que disent vraiment les hectares

La presse a repris « plus de 300 hectares », un chiffre donné à l'AFP sur le site de Muhos par Hanna Halmeenpää, présidente de l'association finlandaise de protection de la nature. Le communiqué de la LVV, lui, ne donne aucune surface.

Les actes en donnent deux, et ils viennent de Tuike. Sa zone d'abattage et de pré-préparation couvre environ 330 hectares à Muhos et un peu moins de 200 à Kajaani, soit à peu près 530 au total. C'est la zone de travaux que l'entreprise déclare elle-même, pas une surface de forêt rasée que quelqu'un aurait mesurée. Tuike y décrit des terres de surface retirées, des pistes de chantier, des aires de stockage, des fossés repris et des bassins de rétention.

Un passage des deux actes dit mieux que les chiffres pourquoi le calendrier compte. Tuike reconnaît que le scénario sans projet, côté écologie et cours d'eau, ne ressemble plus à celui présenté au début de l'évaluation. Elle le garde pourtant comme point de comparaison, en le qualifiant de pire scénario. Et elle ajoute que si l'on partait d'une zone déjà défrichée, les impacts paraîtraient moindres. C'est le piège que la loi YVA veut éviter : une photo « avant » prise une fois le chantier commencé.

Kajaani, où la ville ne voit pas de problème

À Kajaani, le schéma est plus net encore. Tuike y a déposé le 17 mai une demande de permis de construire pour un data center, en annonçant des travaux préparatoires au titre de l'article 109. Le contrôle des constructions les a approuvés. Les services de la ville ont aussi rendu en août une décision favorable sur le bruit du minage et du concassage.

Les coupes, selon la ville, ont été faites conformément à la déclaration forestière, avant l'adoption du plan local. Conclusion de la ville : pas de raison d'intervenir. La LVV, de son côté, dit avoir appris le démarrage des travaux lors d'une réunion de chantier le 27 août, puis par la radio-télévision publique Yle le 17 septembre.

Ordre ou exhortation ?

L'AFP a titré « Finland orders halt ». Le mot finnois de l'acte est « kehotus », une exhortation : l'étape qui précède la contrainte. Dans son communiqué, la LVV écrit qu'elle cherche en premier lieu une correction volontaire. Si Tuike ne s'y plie pas, elle envisagera une procédure de contrainte administrative, au besoin sous astreinte.

Le texte reste impératif : il interdit de commencer ou de poursuivre les travaux qui modifient le terrain, et il parle même d'ordre de suspension. Disons-le ainsi : c'est la dernière marche avant la contrainte, pas encore la contrainte.

Google contre son propre dossier

Deux voix compliquent la lecture d'un dossier en règle. La ministre de l'Environnement, Sari Multala, a déclaré au Helsingin Sanomat, cité par l'AFP, que la loi n'avait pas été respectée dans ce cas. Et le porte-parole de Google, Sondre Ronander, a reconnu auprès de l'AFP que l'entreprise n'avait pas été à la hauteur de ses propres exigences, tout en assurant avoir agi de bonne foi. Il annonce 130 hectares de replantation à Muhos.

La réponse envoyée à la LVV le 25 septembre disait autre chose : pas de permis requis, les déclarations faites, et même un défrichement sélectif décidé après des discussions avec la commune et avec la LVV elle-même. Les deux discours peuvent coexister, parce qu'ils ne parlent pas de la même loi.

Le 14 octobre

Tuike doit répondre par écrit d'ici au 14 octobre, en disant notamment si elle compte se conformer. Les travaux qui modifient le terrain doivent s'arrêter au plus tard le 23. Les études, mesures et relevés de sol restent permis.

Pour Muhos, l'acte va plus loin qu'une querelle de calendrier. Selon la LVV, les travaux préparatoires sont si vastes, et pourraient durer si longtemps avant la construction, qu'ils exigeraient à eux seuls une évaluation environnementale. Ce qui devait précéder le projet est devenu un projet à part entière.

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Questions fréquentes

Qui est Tuike Finland ?
La société visée par l'autorité finlandaise. Les deux actes du 6 octobre 2026 sont adressés à une boîte mail en google.com, et au registre du commerce finlandais, la société porte aussi depuis 2010 le nom Google Technology Finland. Son activité déclarée : infrastructure de calcul et hébergement.
Que demande l'autorité finlandaise à Tuike Finland ?
La LVV, l'autorité finlandaise des permis et du contrôle, lui demande d'arrêter au plus tard le 23 octobre 2026 les travaux qui modifient le terrain à Muhos et à Kajaani, et de répondre par écrit d'ici au 14 octobre en disant si elle compte se conformer. Les études, mesures et relevés de sol restent permis.
Quelle est la nature de l'acte du 6 octobre ?
C'est une kehotus, une exhortation : l'étape qui précède la contrainte. Dans son communiqué, la LVV écrit chercher en premier lieu une correction volontaire, et envisager sinon une procédure de contrainte administrative, au besoin sous astreinte. Le texte reste impératif et parle même d'ordre de suspension.
Quelle surface de forêt est concernée ?
Les actes citent la zone d'abattage et de pré-préparation déclarée par Tuike elle-même : environ 330 hectares à Muhos et un peu moins de 200 à Kajaani, soit à peu près 530 au total. C'est une zone de travaux déclarée par l'entreprise, pas une surface de forêt rasée que quelqu'un aurait mesurée. Les « plus de 300 hectares » repris par la presse viennent d'Hanna Halmeenpää, présidente de l'association finlandaise de protection de la nature, citée par l'AFP.
Pourquoi des travaux acceptés par les communes posent-ils problème ?
Parce que deux lois ne se regardent pas. La loi sur la construction (751/2023) autorise, par son article 109, des travaux préparatoires avant le chantier, et Tuike dit avoir fait la déclaration forestière requise. La loi sur l'évaluation des incidences environnementales, dite YVA, regarde si les travaux arrivent avant ou après l'évaluation, et celle des deux sites n'est pas terminée. Selon la LVV, l'avis de la commune ne dispense pas de respecter la loi YVA.
Julien-Pierre Noto

Julien-Pierre Noto

Entrepreneur & Voix du terrain

Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.

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