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L'IA ne se voit toujours pas dans les comptes selon McKinsey

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Le rapport s'appelle « En route vers le ROI ».

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L'IA ne se voit toujours pas dans les comptes selon McKinsey

44 % des organisations interrogées par McKinsey déclarent déployer l'IA à l'échelle de toute l'entreprise. Elles étaient 38 % un an plus tôt. Dans le même document, 37 % disent que l'IA a contribué positivement à leur résultat d'exploitation. C'était 39 % l'an dernier.

Un chiffre prend six points, l'autre reste sur place. Le rapport s'intitule « On the road to ROI », en route vers le retour sur investissement.

Qui a été interrogé, et sur quoi

L'enquête a tourné du 4 mai au 8 juin 2026 et a récolté 1 719 réponses dans 97 pays. Ce ne sont pas uniquement des dirigeants : McKinsey parle de participants « de tous niveaux », de la direction générale au contributeur individuel. 36 % travaillent dans une entreprise pesant plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires. Les réponses sont pondérées par le poids de chaque pays dans le PIB mondial.

Le reste du rapport raconte une année d'accélération franche. Chez les organisations à plus d'un milliard de chiffre d'affaires, la part qui déploie des agents à grande échelle passe de 27 à 40 %. Près d'un tiers des répondants ont renoncé à acheter au moins un logiciel parce que des agents de code pouvaient le construire en interne. 60 % comptent augmenter leur budget IA l'an prochain, et 20 % disent déjà que les coûts d'exploitation, tokens compris, ont bridé leur usage.

Tout cela a bougé de plusieurs points en douze mois. Un seul indicateur ne bouge pas, et c'est celui qui touche à l'argent gagné. La répartition des dépenses entre Microsoft et Meta montrait ce que l'IA coûte à ceux qui la construisent. Ce rapport-ci mesure ce qu'elle rapporte à ceux qui l'achètent.

Une stabilité, et pas une baisse

Passer de 39 à 37 %, ce n'est pas un recul. Sur des échantillons de cette taille, l'ordre de grandeur de la marge d'incertitude est de deux points dans chaque sens, et la pondération par le PIB des pays l'élargit encore. Les deux valeurs sont indiscernables, et McKinsey écrit d'ailleurs « essentially unchanged ». Le cabinet a raison de l'écrire.

La formulation de la question a très légèrement bougé : « any level of EBIT impact » en 2025, « at least some EBIT impact » en 2026. Les deux échantillons ne sont pas les mêmes non plus : 1 993 participants dans 105 pays l'an dernier, 1 719 dans 97 cette année. McKinsey a anticipé l'objection et l'a traitée dans une note de bas de page : le cabinet a isolé les 552 personnes qui ont répondu aux deux éditions, et les résultats de ce sous-groupe rejoignent ceux de l'ensemble.

Autrement dit, la stabilité tient. C'est même le seul point sur lequel le rapport et sa lecture critique tombent d'accord. Ce qui intrigue commence après.

Ce qui a disparu entre les deux éditions

Le 39 % de 2025 arrivait avec son graphique et sa base : 1 753 répondants, ceux dont l'organisation utilise régulièrement l'IA dans au moins une fonction. Le 37 % de 2026 n'a ni graphique ni base publiée. Il vit dans le texte courant, et dans aucun des dix-huit exhibits du rapport.

Rien d'irrégulier là-dedans : un rapport choisit ses illustrations, et la ligne éditoriale d'une édition à l'autre bouge. Mais un chiffre qu'on peut refaire et un chiffre qu'on doit croire ne se lisent pas de la même façon, surtout quand c'est celui qui porte la promesse du titre.

Même chose pour ce que McKinsey appelle les « AI high performers », les organisations qui attribuent à l'IA une part significative de leur rentabilité. Ils sont 6 % cette année, 6 % l'an dernier. Sauf que le seuil ne se formule plus pareil : « more than 5% » de l'EBIT dans les notes de 2025, « 5% or more » dans celles de 2026. On ignore si le questionnaire lui-même a changé, et le cabinet ne le précise pas. En nombre de personnes, ce club passe de 109 à 92.

80 % de gains de productivité, mais chez qui

Le chiffre le plus repris du rapport est ailleurs : 80 % des répondants disent que l'IA a amélioré leur productivité personnelle, et la moitié qu'elle les aide à mieux décider. C'est réel, et c'est nouveau. Nouveau au sens strict : cette question ne figurait pas dans l'édition précédente. Il n'y a donc aucune comparaison possible avec l'an dernier, ni dans un sens ni dans l'autre.

La note de l'exhibit précise à qui la question a été posée : uniquement aux répondants qui utilisent l'IA dans leur travail. En additionnant les effectifs donnés par catégorie, on obtient une base de 1 490 personnes, dont 654 de niveau C. Presque un répondant sur deux qui déclare gagner en productivité est un membre du comité de direction parlant de sa propre journée de travail.

C'est le décalage d'échelle qu'on retrouve à chaque enquête sur le sujet, et qu'on avait déjà croisé dans ce que les études mesurent vraiment quand elles parlent de productivité. Compter les applaudissements dans la salle n'a jamais rempli le tiroir-caisse : les deux se mesurent, mais pas au même endroit ni par les mêmes personnes.

Le même panel s'est déjà trompé, dans le même sens

Le rapport contient sa propre vérification, et elle est instructive. L'an dernier, 32 % des répondants annonçaient pour l'année à venir une réduction d'effectifs d'au moins 3 %. Un an plus tard, 14 % constatent une baisse effective. McKinsey met lui-même les deux chiffres face à face : moins de la moitié de ce qui était annoncé.

Cette année, ils sont 39 % à prévoir une réduction pour les douze prochains mois. Le pronostic monte pendant que la mesure du précédent pronostic se dégonfle. McKinsey le note sans détour, ce qui est à mettre à son crédit : le cabinet publie l'écart entre ce que son panel prévoyait et ce qu'il a fini par observer.

C'est le meilleur argument pour lire ce type de rapport comme un baromètre d'intention plutôt que comme un tableau de bord. Les intentions y sont mesurées avec soin, elles ont juste tendance à devancer les faits d'un exercice ou deux.

Ce que le cabinet en dit lui-même

La phrase de conclusion du rapport est plus juste que son titre. En anglais : « Organizations' conviction in AI is growing faster than the immediate financial returns they can attribute to it. » La conviction avance plus vite que les retours qu'on peut lui attribuer.

The Register, qui a relevé l'écart entre le titre et les données, indique que le cabinet est revenu vers lui après la parution de son article pour préciser ce qu'il entendait par cette route vers le ROI. Michael Chui, senior fellow chez McKinsey QuantumBlack et coauteur du rapport, lui a répondu par mail qu'une partie du retour sur investissement est déjà là, qu'il en attend davantage avec le temps, et que c'est un trajet plutôt qu'une destination. Il ajoute qu'il ne faut pas s'étonner que cela prenne des années, les autres technologies ayant suivi la même pente.

Sur ce point, il a probablement raison. Reste que la route dont parle le titre se mesure, pour l'instant, à un seul chiffre qui n'a pas avancé.

Sujets abordés :

ÉconomieDécryptage

Questions fréquentes

Que dit le rapport McKinsey 2026 sur l'impact de l'IA sur le résultat d'exploitation ?
37 % des répondants déclarent que l'IA a contribué positivement à leur résultat d'exploitation. Ils étaient 39 % l'an dernier, et McKinsey qualifie l'écart d'« essentially unchanged ». Ce chiffre 2026 vit dans le texte courant : contrairement au 39 % de 2025, qui arrivait avec son graphique et sa base de 1 753 répondants, il n'a ni graphique ni base publiée.
Le passage de 39 % à 37 % est-il un recul ?
Non. Sur des échantillons de cette taille, l'ordre de grandeur de la marge d'incertitude est de deux points dans chaque sens, et la pondération des réponses par le poids de chaque pays dans le PIB mondial l'élargit encore. Les deux valeurs sont indiscernables, et c'est aussi ce qu'écrit McKinsey.
Qui a répondu à l'enquête McKinsey sur l'état de l'IA en 2026 ?
1 719 réponses dans 97 pays, recueillies du 4 mai au 8 juin 2026. Ce ne sont pas uniquement des dirigeants : McKinsey parle de participants « de tous niveaux », de la direction générale au contributeur individuel. 36 % travaillent dans une entreprise pesant plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires.
Que vaut le chiffre de 80 % de gains de productivité ?
80 % des répondants disent que l'IA a amélioré leur productivité personnelle, et la moitié qu'elle les aide à mieux décider. Cette question ne figurait pas dans l'édition précédente : aucune comparaison avec l'an dernier n'est possible, ni dans un sens ni dans l'autre. Elle a été posée aux seuls répondants qui utilisent l'IA dans leur travail ; en additionnant les effectifs donnés par catégorie, on obtient une base de 1 490 personnes, dont 654 de niveau C.
Qui sont les « AI high performers » du rapport ?
Les organisations qui attribuent à l'IA une part significative de leur rentabilité. Elles sont 6 % cette année, 6 % l'an dernier. Le seuil, lui, ne se formule plus pareil : « more than 5% » de l'EBIT dans les notes de 2025, « 5% or more » dans celles de 2026. On ignore si le questionnaire lui-même a changé, et le cabinet ne le précise pas. En nombre de personnes, ce club passe de 109 à 92.
Les entreprises ont-elles réduit leurs effectifs comme elles l'annonçaient ?
Pas dans les proportions annoncées. L'an dernier, 32 % des répondants prévoyaient pour l'année à venir une réduction d'effectifs d'au moins 3 %. Un an plus tard, 14 % constatent une baisse effective. McKinsey met lui-même les deux chiffres face à face. Cette année, ils sont 39 % à prévoir une réduction pour les douze prochains mois.
Julien-Pierre Noto

Julien-Pierre Noto

Entrepreneur & Voix du terrain

Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.

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