Wall Street a fêté le vote démocrate mercredi, et l'a accusé jeudi
Entre les deux, la Bourse baissait depuis un mois.

Mercredi, le vote faisait monter la Bourse
Mercredi 4 novembre, au lendemain des élections de mi-mandat américaines, Wall Street a monté. Le Dow Jones a gagné 3 % dans la séance, le Nasdaq 1,4 %. Le Guardian l'expliquait par le succès des démocrates, capables selon les investisseurs de freiner la Maison-Blanche.
Jeudi 5 novembre, le Nasdaq a perdu 5,5 %, sa pire séance depuis avril 2025. Environ 2 000 milliards de dollars de valeur boursière ont disparu, selon le même Guardian, qui explique cette fois la chute par le succès des démocrates. Les analystes qu'il cite craignent que les gouverneurs démocrates fraîchement élus freinent la construction de data centers, après une série de scrutins locaux où des électeurs les ont refusés.
Le même résultat électoral a donc servi à expliquer une hausse, puis une chute, à vingt-quatre heures d'écart. Un marché a le droit de changer d'avis en une nuit. Mais il vaut la peine de regarder ce que faisait l'indice avant que quiconque ait voté.
Ce qu'on a dit jeudi soir
Les explications du jeudi sont nettes. Neil Wilson, stratège chez Saxo UK, cité par le Guardian, décrit une capitulation en règle sur la tech : les investisseurs craignent que les démocrates mettent un coup d'arrêt aux data centers, et tout le monde vend en même temps. Il juge lui-même le mouvement très excessif. L'analyste Dan Ives estime que le contrôle du Congrès par les démocrates, « surtout du Sénat », va dresser des obstacles à l'IA à Washington pendant deux ans.
Donald Trump a donné la version la plus courte sur son réseau Truth Social : la Bourse a chuté parce que les démocrates, qu'il surnomme « Dumocrats », ont gagné mardi.
Un mot de vocabulaire avant d'aller plus loin. On dit qu'un indice entre en « correction » quand il passe plus de 10 % sous son dernier record. Jeudi soir, le Nasdaq y était. Or une séance à −5,5 % ne fait pas −10 % : il fallait que l'indice soit déjà bien descendu.
Le Nasdaq Composite, c'est l'indice de la Bourse américaine où sont cotées la plupart des grandes valeurs technologiques : Nvidia, Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon ou Meta y pèsent très lourd. Quand on dit que « la tech » chute, c'est souvent lui qu'on regarde.
Les clôtures, séance par séance
On a repris les clôtures quotidiennes du Nasdaq Composite depuis son record, 27 599,79 points le mardi 6 octobre. Voici les étapes qui comptent :
- 14 octobre : −1,9 %.
- 16 octobre : −2,2 %.
- 22 octobre : −2,6 %. L'indice est alors 5,8 % sous son record.
- 29 octobre : −1,4 %, au lendemain des résultats d'Alphabet.
- 30 octobre : −2,9 %, au lendemain des résultats d'Intel.
- Lundi 2 novembre, veille du vote : 25 164 points, soit 8,8 % sous le record.
- Mardi 3, jour du vote : +0,8 %. Mercredi 4 : +1,4 %.
- Jeudi 5 : −5,5 %, à 24 315 points, soit 11,9 % sous le record.
Près des trois quarts du recul étaient donc faits avant l'ouverture des bureaux de vote. Jeudi a fait franchir la ligne des 10 %, il n'a pas lancé la descente. On accuse la dernière marche d'un escalier qu'on descend depuis un mois. Et les premières baisses d'octobre, personne ne pouvait les mettre sur le compte du vote : il n'avait pas encore eu lieu.
Ce que le marché avait vu avant les urnes
Deux des séances d'avant le vote suivent des publications de résultats, et on peut lire ce que ces résultats contenaient. Ils ne racontent pas une IA qui ralentit.
Le 29 octobre, Alphabet, la maison mère de Google, perd 12,6 % en une séance. Son communiqué de la veille n'annonce pourtant aucun coup de frein : chiffre d'affaires en hausse de 25 %, activité cloud plus que doublée.
Il annonce aussi 51,4 milliards de dollars d'investissements sur le trimestre, contre 24 milliards un an plus tôt, et un flux de trésorerie disponible négatif pour le deuxième trimestre d'affilée. Alphabet dépense davantage que ce que son activité lui rapporte en cash, comme un restaurant plein tous les soirs qui emprunte pour ouvrir trois salles de plus. Pour le courtier XTB, le marché regarde de plus en plus ce que coûte le financement de cette course à l'IA.
Le 30 octobre, Intel perd 28,6 %. Sa prévision de chiffre d'affaires pour la fin d'année est inférieure à ce qu'attendaient les analystes, et son directeur financier prévient que le ralentissement des PC durera au moins jusqu'à la mi-2027. Dans le même communiqué, Intel se félicite de sa plus forte croissance dans les data centers depuis quinze ans.
À la veille du vote, les comptes montraient donc un géant sanctionné au lendemain de l'annonce qu'il dépense plus qu'il n'encaisse, et un fondeur sanctionné sur ses PC alors que ses ventes aux data centers accélèrent. On peut y lire beaucoup de choses. Pas le portrait d'un marché qui allait bien jusqu'à mardi soir.
L'explication du jeudi n'est pas fausse, elle est courte
Il faut être juste avec la lecture politique. Mercredi, pendant que l'indice montait, les valeurs les plus liées aux data centers baissaient déjà : Nvidia −3,2 %, le fabricant de mémoire SanDisk −7,9 %. Jeudi, ce sont elles qui ont mené la chute, avec SanDisk à −22 %, Western Digital à −17 % et Nvidia à −9 %. Ce jour-là, la hausse venait d'ailleurs : Microsoft a pris 6,7 %, Amazon 6,1 %, Apple 5,3 %. Le vote a bien pu peser sur les valeurs des data centers mercredi comme jeudi.
Mais ces valeurs-là n'avaient pas attendu le scrutin non plus : SanDisk avait perdu 13,5 % le 30 octobre et 6,6 % le 2 novembre. Kyle Rodda, analyste chez Capital.com, le dit sans détour dans le direct du Guardian : le risque politique arrive alors que le pari sur l'IA reposait déjà sur des bases fragiles, après une saison de résultats décevante pour les marchés. Il y voit aussi des signes que la dépense IA ralentit, quand Alphabet, lui, accélère la sienne. Les signaux d'avant le vote ne vont pas tous dans le même sens, et c'est précisément pour ça qu'aucun ne fait une explication.
Une explication politique a un avantage sur cinq semaines de résultats contradictoires : elle tient en une phrase, et elle a une date. C'est l'orage qu'on accuse d'avoir abattu un arbre que tout le monde voyait pencher depuis des semaines.
Ce qu'on ne sait pas
Vendredi matin, l'onde a traversé l'Asie : le Nikkei japonais a clôturé en baisse de près de 6 %, la Bourse de Séoul aussi, Taïwan a perdu 4,6 %. Vendredi à 14 h 30, heure de Paris, le département américain du Travail a publié les chiffres de l'emploi d'octobre : 165 000 emplois créés hors agriculture, et un taux de chômage de 4,1 %, contre 4,2 % en septembre (données provisoires du Bureau of Labor Statistics). Jeudi n'est pas une séance ordinaire : c'est la pire depuis la panique des droits de douane d'avril 2025. Mais personne ne peut dire aujourd'hui si jeudi ouvre une période ou la referme, et ce n'est pas ce que les clôtures permettent de trancher.
Elles permettent en revanche de dater les choses. La descente a commencé au lendemain du record du 6 octobre, quatre semaines avant le scrutin. Le vote du 3 novembre est la cause qui tombe le bon jour.
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Sujets abordés :
Questions fréquentes
Pourquoi le Nasdaq a-t-il chuté le 5 novembre 2026 ?
Le Nasdaq baissait-il avant les élections de mi-mandat ?
Qu'est-ce qu'une correction boursière ?
Que contenaient les résultats d'Alphabet et d'Intel fin octobre ?
Le vote démocrate a-t-il joué un rôle dans la chute ?

Julien-Pierre Noto
Entrepreneur & Voix du terrain
Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.
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