Nebius emprunte 775 millions en gageant ses GPU
Nebius lève 775 M$ de dette adossée à ses cartes graphiques. Un basculement dans la façon dont l'IA se finance.

775 millions de dollars, garantis en partie par des cartes graphiques. C'est ce que vient de lever Nebius, le spécialiste néerlandais du cloud IA soutenu par Nvidia. Pas une levée de fonds classique : un emprunt, avec du matériel mis en gage. Derrière ce détail technique se cache un changement de fond dans la manière dont l'IA se finance.
Ce que Nebius a fait exactement
Le 17 juillet, Nebius a signé sa première dette senior sécurisée, pour environ 775 M$. D'après le dépôt de l'entreprise auprès de la SEC, le prêt est adossé à deux choses : les serveurs GPU déjà déployés, et les flux de trésorerie d'un contrat avec un client noté investment-grade. Échéance en octobre 2030, taux à SOFR + 2,5 %, soit près de 6,8 % aujourd'hui. L'entreprise précise que le montage couvre plus de 100 % du coût de déploiement du matériel concerné.
Le tour de table réunit des noms lourds. MUFG a structuré l'opération ; Citi, Crédit Agricole, ING et Morgan Stanley figurent parmi les arrangeurs, avec Goldman Sachs dans le syndicat. L'émission a été largement sursouscrite.
Et ce n'est qu'un début. Nebius annonce plus de 40 milliards de dollars de revenus déjà contractés avec des clients comme Microsoft et Meta, qu'elle compte titriser de la même manière. Autrement dit, transformer ces engagements en dette, encore et encore.
Pourquoi ce n'est pas une levée comme les autres
Jusqu'ici, financer l'IA voulait dire vendre une promesse. On lève des fonds sur une trajectoire de croissance, des investisseurs prennent une part du capital, et le pari porte sur le futur.
Là, le mécanisme est différent. On n'emprunte pas contre une promesse, on emprunte contre un actif physique. Les GPU deviennent une garantie, comme un avion pour une compagnie aérienne ou une licence télécom pour un opérateur. Si Nebius ne rembourse pas, le prêteur peut en théorie se payer sur le matériel.
C'est propre, c'est carré, et ça rassure les banques. Assez pour que l'opération soit sursouscrite.
Le pari caché
Reste une question que personne n'a encore tranchée : combien vaut un GPU d'occasion en cas de coup dur ?
Un serveur IA, ça se déprécie vite. Nvidia sort une nouvelle génération chaque année, et la précédente perd de sa valeur à mesure que la puissance grimpe. Une puce achetée aujourd'hui vaudra beaucoup moins en 2030, quand le prêt arrivera à échéance. Gager du matériel qui vieillit, c'est parier que son prix de revente tiendra le temps du prêt. Ce prix plancher, sa valeur si l'on devait tout liquider d'un coup, n'a jamais été testé dans un retournement du marché.
Tant que la demande d'IA explose, la question reste théorique. Les contrats clients, eux, offrent un vrai coussin : ce sont des engagements de Microsoft et Meta, pas seulement des cartons de silicium. Mais plus l'industrie empile de la dette adossée au matériel, plus elle mise sur une seule hypothèse : que la valeur des puces ne s'effondre pas.
Un fil qui se répète
On retrouve ici la même logique circulaire qui traverse le financement de l'IA depuis des mois. Nvidia investit chez ses propres clients, qui achètent des Nvidia. Les acteurs du cloud empruntent pour acheter des puces, puis gagent ces puces pour emprunter encore.
Chaque maillon tient tant que le suivant tient. Nebius vient d'ajouter une pièce à cette mécanique, et de montrer qu'elle peut la répéter 40 milliards de fois. Le modèle fonctionne. Il n'a simplement jamais connu de mauvais jour.



