Parler français à une IA coûte 31 % de jetons en plus
On a refait la mesure nous-mêmes.

Le chiffre est juste
Le texte du RGPD en anglais : 65 755 jetons. Le même texte en français : 85 998. Soit 30,8 % de plus pour dire exactement la même chose, ce qui s'arrondit très bien en 31 %.
Le chiffre circule depuis le 1er octobre, lancé par un article de Next.ink qui avait pris ce même règlement et compté la même chose. On est allé le chercher sur le serveur des publications de l'Union européenne, en français, en anglais et en allemand, et on l'a passé dans dix découpeurs de jetons. Les scripts et les textes sont conservés : la mesure se relance.
Pourquoi ça compte : les fournisseurs facturent au jeton, en entrée comme en sortie. La caisse ne pèse pas tes courses, elle scanne des articles. Même panier, plus d'articles, facture plus lourde.
Donc le chiffre tient. C'est ce qu'on en déduit qui ne tient pas.
Le RGPD est le pire cas, pas le cas moyen
Le réflexe, en voyant 31 %, c'est de se dire que tout le français coûte un tiers de plus. On a donc refait la mesure sur quatre autres genres de texte, avec le découpeur des modèles actuels d'OpenAI. Du journalisme : +24,7 %. De l'oral de conférence : +20,7 %. Un roman de Jules Verne : +19,5 %. Du code commenté : +10,7 %.
L'écart se divise par trois entre un règlement européen et un fichier de code. Un texte de droit communautaire, c'est la route de montagne d'un essai de consommation : on y mesure la pire valeur, pas celle du trajet quotidien. Si ton usage ressemble à des notes, du code ou de la conversation, le surcoût est deux à trois fois plus faible que le chiffre qui circule.
La moitié de l'écart n'est pas une affaire d'IA
Voilà le point que personne ne pose. Avant même de parler de jetons : le RGPD français fait 414 756 caractères contre 360 047 en anglais. Le français est 15,2 % plus long, en signes, pour dire la même chose.
Cette moitié-là, aucun découpeur ne l'enlèvera jamais. Elle ne vient pas de la technique, elle vient de la langue : « de la mise en œuvre du présent règlement » contre « implementing this Regulation ».
Sur les 30,8 % mesurés, la machine n'ajoute donc que 13,5 % par-dessus la longueur du texte. « Le français coûte 31 % de plus » est vrai, mais met sur le dos de l'IA un écart dont la moitié appartient au dictionnaire Larousse.
L'allemand sert de contre-épreuve, et il complique utilement l'affaire. Le même règlement y tient en moins de caractères que le français, et en 51 324 mots contre 62 909. Il coûte pourtant 28,2 % de jetons de plus que l'anglais, presque autant. La composition allemande fabrique des mots à rallonge que le découpeur ne connaît pas et casse en morceaux. Compter les signes ne suffit donc pas non plus.
Et les 13,5 % restants bougent déjà
Ce n'est pas une constante de la nature, c'est un réglage.
Avec le découpeur de GPT-3.5 et GPT-4, la pénalité du français était de 34,4 %. Avec celui des modèles suivants, elle tombe à 13,5 %. Même texte, même langue, même entreprise : c'est le vocabulaire du découpeur qui a été élargi, pas le français qui a changé.
Sur nos dix découpeurs, l'écart va de +11 % à +67 %. Cinquante-six points d'intervalle, là où un seul chiffre circule. Et le plus clément n'est pas un modèle commercial : c'est CroissantLLM, un modèle académique entraîné à parts égales en français et en anglais, dont la pénalité est carrément négative. Son dictionnaire est plus efficace en français qu'en anglais.
On aurait pu croire qu'un laboratoire français y arrivait mécaniquement. Non : sur le même texte, le découpeur public le plus récent de Mistral rend 28,7 % contre 30,8 % pour OpenAI. Mieux, mais de deux points. Un modèle entraîné en France ne vient pas avec une remise sur le français.
Reste le contrôle qui boucle la démonstration : ce même CroissantLLM, si clément avec le français, infligeait +112 % à l'allemand, la pire valeur de tout le tableau. Un découpeur ne comprend pas les langues et n'en préfère aucune. Il connaît celles qu'on lui a montrées, et bute sur les autres.
Ce qu'il faut retenir du chiffre
La documentation d'Anthropic ajoute la ligne qui résume tout le sujet : à partir de Claude 4.7, le même texte produit « environ 30 % de jetons de plus » qu'avant, parce que le découpeur a changé. Le même texte, chez le même fournisseur, à six mois d'intervalle.
Le nombre de jetons d'un texte n'est donc pas une propriété de ce texte. « Le coût du français » n'existe pas : il y a le coût du français chez un fournisseur donné, à une génération donnée de son découpeur, sur un genre de texte donné.
Et si l'objectif est de payer moins, il y a plus simple que changer de langue de travail. L'auteur de la mesure d'origine le dit lui-même : demander des réponses plus courtes économise bien davantage.
Sujets abordés :
Questions fréquentes
Le français coûte-t-il vraiment 31 % de jetons de plus que l'anglais ?
Ce surcoût s'applique-t-il à tous les types de texte ?
D'où vient cet écart entre les deux langues ?
Un modèle entraîné en France coûte-t-il moins cher en français ?
Comment réduire sa facture, alors ?

Alexandre Noto
Co-fondateur & Expert Tech
Alexandre est dans la tech depuis plus de 20 ans. Entrepreneur, architecte logiciel et passionné d'intelligence artificielle, il traduit les concepts complexes en explications accessibles. Chez Declic Media, il est la voix technique qui rend l'IA compréhensible pour tous.
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