Le propriétaire de Deliveroo a reçu quelques centaines de commandes passées par des IA
Est-ce un marché prometteur ?

« Peut-être quelques centaines de commandes au total »
Le nom dit peu de chose en France. DoorDash, géant américain de la livraison de repas et de courses, est pourtant le propriétaire de Deliveroo, dont il a finalisé le rachat le 2 octobre 2025. Jeudi 29 octobre, lors de son appel de résultats trimestriels, un analyste de Cantor Fitzgerald, Deepak Mathivanan, pose sa deuxième question, sur les agents IA : faut-il laisser des agents IA généralistes, comme Muse, l'assistant personnel lancé par Meta en septembre, commander à la place des clients ? Ou DoorDash doit-il construire les siens ?
Tony Xu, cofondateur et patron de l'entreprise, répond sans détour.
Selon la transcription publiée par Motley Fool, il dit voir « peut-être quelques centaines de commandes au total » venues de ces agents tiers. Les clients, eux, passent toujours par l'appli. Un peu plus tard, à un autre analyste, il précise le compteur : quelques centaines depuis que ces agents fonctionnent. C'est un cumul depuis le début, pas le bilan des trois derniers mois. Et Xu ne dit ni dans quels pays, ni par quelle appli du groupe : aucun chiffre n'est donné pour Deliveroo.
Ça fait des mois qu'on nous annonce des agents qui rempliront le frigo pendant qu'on dort, et un marché qui se compterait en centaines de milliards. En mai, on décrivait ici des logiciels repensés pour que ton agent choisisse l'appli à ta place. C'est la première fois qu'une grande plateforme dit combien de commandes ces agents lui ont passées.
Quelques secondes d'activité
L'autre chiffre de la journée donne l'échelle. Le même 29 octobre, le communiqué de résultats de DoorDash annonce 993 millions de commandes sur le trimestre clos fin septembre, Deliveroo compris. C'est la définition maison : toutes les commandes livrées via ses places de marché et ses services aux commerçants, sur la période.
Ramené à la seconde, ça fait environ 125 commandes, en moyenne, jour et nuit. Ce que les agents tiers ont commandé depuis leur arrivée, DoorDash l'encaisse donc en quelques secondes. Le temps de lire cette phrase.
Les deux chiffres ne portent pas sur la même durée : un cumul d'un côté, trois mois de l'autre. L'écart n'en est que plus grand. Xu le dit avec ses mots : les volumes sont très faibles. Et son « peut-être » donne un ordre de grandeur, pas un décompte.
L'objection : la porte vient à peine d'ouvrir
Avant d'enterrer les agents, une réserve de poids, que relève Ars Technica : tout cela est très récent. DoorDash n'a ouvert son connecteur officiel pour agents, bâti sur MCP (le standard qui permet à une IA de se brancher sur un service), que le 30 septembre. Moins d'un mois avant l'appel. Il est en bêta limitée, réservé aux entreprises qui commandent les déjeuners de leurs salariés, avec une poignée de partenaires comme Vercel ou Cognition. Muse, l'agent cité par l'analyste, a lui-même sept semaines.
Ars rappelle qu'en 1994, Pizza Hut testait timidement la commande en ligne ; aujourd'hui, plus de la moitié de ses commandes passent par Internet. Juger les agents sur leurs premières semaines, c'est juger le web sur le premier site de pizza.
Mais l'objection n'explique pas tout. Ce connecteur ne vise pas les assistants grand public : un agent comme Muse doit passer par d'autres chemins, l'interface web par exemple. Et dès l'appel du trimestre précédent, le 5 août, Xu disait déjà, selon PYMNTS, que le volume venu des agents partenaires restait faible. Des agents frappaient déjà à la porte. Ils étaient juste peu nombreux.
Une pizza, c'est trop simple pour un agent ?
Le plus intéressant, c'est l'explication de Xu. Selon lui, les gens ne confient pas aux assistants tiers les tâches faciles, comme commander à manger : celles-là, ils les font dans l'appli. L'agent aurait plutôt sa place pour les achats longuement réfléchis, ou pour du travail fait en arrière-plan, à ta place, avant même que tu le demandes.
Un test du média PYMNTS, au lendemain du lancement de Muse, donne une idée du problème. Trois courses banales (papier toilette sur Amazon, pizza chez Domino's, une table au restaurant) : aucune n'a abouti, freinées par les identifiants à partager et les applis à connecter une par une. Le même réassort de papier toilette, fait à la main sur Amazon : moins de trente secondes.
C'est un test sur trois tâches, pas une étude. Mais il illustre ce que Xu décrit : quand l'appli est déjà dans ta poche, l'agent doit battre trois pouces sur un écran.
Le pari inverse existe, et il est chiffré. Dans une prévision publiée le 17 décembre 2025, le cabinet Bain estime que le commerce par agents pourrait peser de 300 à 500 milliards de dollars aux États-Unis en 2030, soit 15 à 25 % du commerce en ligne. Et selon Bain, ce sont justement les demandes simples et précises, comme « les piles les moins chères, livrées demain », qui basculeront les premières.
Deux lectures opposées de la même tâche, donc : Bain parie que le simple partira en premier, le patron de DoorDash qu'il restera dans l'appli. La comparaison a ses limites. Bain parle de tout le commerce en ligne américain, pas de la livraison de repas, et compte aussi les agents que les marchands installent chez eux. Le même document note que la plupart des consommateurs ne sont pas encore prêts à laisser une IA mener un achat de bout en bout.
DoorDash préfère ses propres agents
Car DoorDash n'a rien contre les agents, tant qu'ils sont à lui. Ask DoorDash, lancé en juin, compose un panier à partir d'une envie ou d'une photo de recette. Text DoorDash, ouvert en bêta sur liste d'attente le 30 septembre, permet de commander par message. L'entreprise ne dit pas combien de commandes ils représentent.
Ces agents maison ne sont pas comptés dans les quelques centaines, qui ne concernent que les agents venus de l'extérieur.
Il faut aussi lire le chiffre avec l'intérêt de celui qui le donne. Dans sa lettre aux actionnaires, DoorDash dit avoir choisi sa bataille : pas celle de l'assistant personnel numérique, mais celle du réseau physique, ce qu'il appelle la bataille des atomes. Un client qui commande via l'agent de quelqu'un d'autre entre par la porte de service : il ne passe plus devant la vitrine de l'appli, ni devant ses publicités.
Minimiser les agents tiers arrange donc DoorDash. Le chiffre reste le sien, mais il est dit à l'oral, sans méthode publiée, par une entreprise qui a intérêt à ce qu'il soit petit.
Un marché prometteur ?
Sur le papier, Bain répond oui et le chiffre en centaines de milliards. Dans les comptes de DoorDash, il pèse pour l'instant quelques secondes. Les deux ne se contredisent pas tout à fait. La prévision parle de 2030 et de tout le commerce en ligne, le compteur d'un usage qui démarre à peine. Ce que le patron de DoorDash suggère, c'est que le repas livré ne sera peut-être pas la porte d'entrée.
Xu a résumé sa position d'une formule : en technologie, on ne lutte jamais contre la gravité, mais il ne faut pas non plus prendre ses rêves pour la réalité. Il promet de suivre les clients s'ils veulent commander autrement. Pour l'instant, la gravité les ramène vers l'appli.
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Sujets abordés :
Questions fréquentes
Combien de commandes des agents IA ont-ils passées chez DoorDash ?
Quel est le lien entre DoorDash et Deliveroo ?
Que pèsent ces commandes face à l'activité de DoorDash ?
Est-il trop tôt pour juger le commerce par agents IA ?
Pourquoi les clients ne passent-ils pas par des agents IA pour commander à manger ?
Le commerce par agents IA est-il un marché prometteur ?

Julien-Pierre Noto
Entrepreneur & Voix du terrain
Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.
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