Le premier data center de Google en France sera classé Seveso
C'est son fioul de secours, pas son eau, qu'il faut regarder.

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Depuis le 2 novembre, les habitants de Châteauroux et des treize autres communes de l'agglomération peuvent lire le dossier que Google et RTE soumettent à la concertation : 132 pages, sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), jusqu'au 10 janvier 2027. Il est rédigé par Google et RTE, les garants de la CNDP y ont été associés, et la Commission l'a validé le 7 octobre. On l'a lu en entier en y cherchant d'abord l'eau, puisque c'est la question qui fait tomber des projets aux États-Unis.
La phrase qui arrête la lecture est ailleurs, page 92 : « Le projet sera également classé au titre de la directive Seveso, en raison du stockage de carburant associé aux groupes électrogènes de secours. » Le classement lui-même sera prononcé par l'État, à l'autorisation : le dossier parle d'un « classement attendu ».
Google prévoit sur la ZAC d'Ozans, à Étrechet (Indre), son premier centre de données construit et exploité en propre en France. Environ 200 hectares, six à huit bâtiments sur dix à vingt ans, un premier à l'horizon 2030. À terme, 1 320 mégawatts de puissance de raccordement selon le dossier : 120 sur le réseau à 225 000 volts, 1 200 sur le réseau à 400 000 volts une fois renforcée la ligne Éguzon-Marmagne. Coût annoncé par Google : environ 10 milliards de dollars, hors serveurs et logiciels.
L'eau, la question à laquelle Google a déjà répondu
Sur l'eau, le dossier répond par un choix de conception. Refroidissement à air, circuit fermé : l'eau tourne dans les tuyaux comme le liquide d'un radiateur de voiture, elle ne s'évapore pas. Selon les estimations de Google, il faut par bâtiment 1 000 m³ pour remplir le circuit une fois, 300 m³ pour les cuves incendie, puis environ 10,4 m³ par jour d'usages sanitaires, l'équivalent d'un immeuble de bureaux. Aucun prélèvement dans la nappe n'est prévu, ni en exploitation ni pendant le chantier.
Ce sont des chiffres du porteur de projet, établis à partir des études en cours et de l'expérience d'autres sites de Google. Mais ils décrivent une technologie plutôt qu'une promesse : un centre de données qui ne refroidit pas par évaporation ne consomme pas d'eau pour refroidir ses serveurs, d'après le dossier lui-même.
On avait montré, avec le chiffre de 2 % venu d'un rapport du Congrès, à quel point le débat sur l'eau des data centers repose souvent sur des chiffres fragiles. Ici, c'est le mécanisme qui compte, et il tient en un schéma.
Les études de 2027 ne sont pas un report
Le dossier précise que des études hydrogéologiques complémentaires seront menées « courant 2027 », notamment pour confirmer qu'il n'y a pas d'interaction significative avec les captages d'eau potable. Lu vite, on dirait que Google interroge les habitants avant d'avoir la réponse.
En fait, c'est l'ordre prévu par le code de l'environnement. La concertation préalable vient avant le dépôt des demandes d'autorisation, quand le projet peut encore changer ou être abandonné. Viennent ensuite l'étude d'impact, qui inclut l'eau, l'avis de l'Autorité environnementale, puis une enquête publique dont le dossier doit contenir le bilan de la concertation (article R.123-8 du code de l'environnement). Le calendrier du dossier suit cette séquence : études en 2027, travaux espérés en 2028.
Réclamer l'étude d'impact pendant la concertation, c'est reprocher à un architecte de ne pas apporter les plans d'exécution à la réunion où l'on décide si la maison se construit. Les habitants retrouveront ces études, complètes, à l'enquête publique.
Seveso, à cause du fioul
Le vrai trou du dossier est ailleurs. Un data center ne s'arrête pas quand le courant coupe : il garde des groupes électrogènes de secours, ici « alimentés par des carburants de type fioul ». Google dit envisager l'huile végétale hydrotraitée (HVO), à condition qu'elle soit disponible en quantité suffisante et à un surcoût acceptable. Le carburant prévu au départ reste le fioul.
C'est ce stock qui fait entrer le site dans la directive Seveso, au seuil bas, le premier des deux niveaux. Pour les gazoles et fiouls, la réglementation française place ce seuil bas à 2 500 tonnes (rubrique 4734 de la nomenclature des installations classées, selon l'Ineris). Ce n'est pas une estimation du stock prévu à Ozans : c'est la quantité à partir de laquelle la réglementation range un dépôt de ces carburants dans Seveso. Le dossier ne donne ni le nombre de groupes électrogènes du centre de données, ni la quantité de carburant stockée.
Le seul nombre de groupes qu'il cite concerne les deux postes électriques de RTE : deux groupes de 250 kVA dans chacun. Pour le site de Google lui-même, rien.
En temps normal, ces moteurs ne tournent presque pas. Le dossier décrit des tests mensuels et trimestriels de 5 à 10 minutes, et un test annuel d'environ une demi-heure. Un groupe de secours ressemble à un extincteur : sa présence compte bien plus que son usage, et c'est justement pour ça qu'on veut savoir sur quoi il est posé.
Ce que le dossier ne relie pas
Page 72, le dossier écrit lui-même que la ZAC d'Ozans se trouve dans l'aire d'alimentation des captages de Montet-Chambon, « captages prioritaires » pour l'eau potable de l'agglomération, dans « un milieu karstique sensible ». Un karst, c'est un sous-sol calcaire percé de fissures et de conduits, une sorte d'éponge à trous larges : l'eau y circule vite, et ce qui s'infiltre en surface peut rejoindre la nappe sans passer par l'épaisseur de terre qui filtre ailleurs.
Or le chapitre sur l'eau ne traite la pollution accidentelle qu'en phase de chantier : les engins, leurs hydrocarbures, une aire de dépotage étanche. Le carburant des groupes de secours apparaît, lui, dans le chapitre sur la qualité de l'air et dans celui des risques, qui renvoie à une étude de dangers « courant 2027 ». Pour les eaux de pluie du site, le dossier prévoit bien un déshuilage avant rejet vers le réseau de la ZAC : les hydrocarbures sont pensés, mais comme des traces sur un parking. Dans les 132 pages, aucune phrase ne met côte à côte le stock qui rend le site Seveso et la nappe que le dossier dit sensible.
Ce n'est pas une preuve de danger. L'étude de dangers sert précisément à ça, et le dossier rappelle qu'un site Seveso est soumis à des inspections régulières et à des plans d'urgence. Mais c'est exactement le type de question qu'une concertation préalable permet de poser maintenant : elle porte sur les caractéristiques du projet et ses impacts, pas seulement sur son opportunité.
Une commune qui a perdu sa maire
La question n'a rien de théorique à Étrechet. En septembre, sa maire sans étiquette, Florence Laurent, a démissionné avec ses trois adjoints et une conseillère municipale, en signe de protestation contre le projet, a rapporté l'AFP. Le maire de Châteauroux, Gil Avérous, défend au contraire l'implantation et affirme que 13 des 14 communes de l'agglomération y sont favorables.
À la fin de la concertation, les garants publieront un bilan dans le mois, puis Google et RTE auront deux mois pour dire s'ils poursuivent, et comment. La question de l'eau a reçu sa réponse avant même d'être posée. Celle du fioul attend encore qu'on la pose, et le registre ferme le 10 janvier.
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Sujets abordés :
Questions fréquentes
Pourquoi le data center de Google dans l'Indre sera-t-il classé Seveso ?
Combien de fioul sera stocké sur le site ?
Le data center consommera-t-il beaucoup d'eau ?
Pourquoi les études sur l'eau n'arrivent-elles qu'en 2027 ?
Quel lien entre le fioul et l'eau potable de Châteauroux ?
Jusqu'à quand peut-on participer à la concertation ?

Julien-Pierre Noto
Entrepreneur & Voix du terrain
Julien-Pierre est entrepreneur, avec plus de vingt ans de terrain dans le bâtiment et l'immobilier. Depuis trois ans, il travaille avec l'IA au quotidien dans une PME — pas en labo : sur de vrais dossiers, avec de vrais clients. Fondateur d'ONDE AI R&D, un laboratoire de R&D appliquée sur le travail humain-IA, il publie ses méthodes en open source, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Chez Declic Media, il est la voix du terrain : l'IA appliquée, celle qui doit prouver son utilité.
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