Microsoft quitte le supercalculateur anglais privé de courant
Le site devait ouvrir début 2027. Le réseau ne promet pas son électricité avant les années 2030.

Une vitrine posée sur un dépôt d'échafaudages
Le 16 septembre 2025, pendant la visite d'État de Donald Trump au Royaume-Uni, la start-up londonienne Nscale publie un communiqué où se côtoient Keir Starmer et Satya Nadella. Elle y annonce, avec Microsoft, « le plus grand supercalculateur IA du Royaume-Uni » à Loughton, dans l'Essex : 23 040 puces Nvidia GB300, 50 mégawatts extensibles à 90, des puces livrées au premier trimestre 2027 pour faire tourner le cloud Azure outre-Manche. Le Premier ministre y parle de « capacité souveraine ».
Six mois plus tard, selon The Register, le terrain servait encore de dépôt d'échafaudages. Nscale l'a dégagé depuis. Mais un terrain propre ne fait pas un data center : il lui faut du courant. C'est là que Nscale situe le blocage, avec ce qu'elle appelle un « problème de réseau à l'échelle de Londres ».
Le 19 octobre 2026, Microsoft a confirmé à Reuters la résiliation de son accord sur Loughton. Le supercalculateur vitrine n'a plus de client annoncé, et toujours pas de raccordement électrique en vue.
Ce que Microsoft a dit, et ce qu'il n'a pas dit
C'est The Telegraph qui a sorti l'information le 18 octobre. Le lendemain, un porte-parole de Microsoft l'a confirmée auprès de Reuters d'une seule phrase : « Cette décision concerne un seul site. » Le groupe ajoute qu'il reste engagé dans son partenariat avec Nscale, avec qui il a d'autres contrats en Europe et aux États-Unis.
Ce que Microsoft ne donne pas, c'est le motif. Le lien avec l'électricité, c'est Nscale qui le fait, dans sa propre déclaration à Reuters et au Register : sa relation avec Microsoft reste « solide et de long terme », et ce « malheureux problème de réseau à l'échelle de Londres » n'a aucun impact sur ses autres contrats. L'entreprise dit rester engagée sur Loughton et chercher d'autres sources d'énergie pour le site.
On tient donc une rupture confirmée par une partie, et une explication avancée par l'autre. C'est bien plus solide qu'une rumeur. Ce n'est pas pour autant un aveu de Microsoft sur ses raisons.
Le câble, pas la puce
Le calendrier électrique, lui, circule depuis septembre. Selon la newsletter The Morning Intelligence, reprise par Euronews le 29 septembre, UK Power Networks, l'opérateur chargé de raccorder le site, a prévenu Nscale que le réseau ne pourrait pas lui fournir assez d'électricité avant le début ou le milieu des années 2030. Le site devait démarrer début 2027.
L'opérateur refuse de commenter un raccordement particulier, la loi le lui interdit. Sa réponse générale au Register suffit pourtant : beaucoup de data centers peuvent se brancher sur son réseau de distribution, mais attendent des travaux sur le réseau national de transport, « que nous ne possédons pas ». Le bâtiment trouve sa prise dans le quartier ; c'est la ligne haute tension en amont qui n'a plus de place.
Et la file d'attente déborde. Selon le cabinet d'avocats Forsters, qui analyse la consultation lancée par le régulateur Ofgem le 29 juillet, les demandes de raccordement contractées sont passées de 41 gigawatts en novembre 2024 à 125 gigawatts en juin 2025, dont environ 73 pour des data centers. La pointe de consommation de toute la Grande-Bretagne tourne autour de 45 gigawatts.
C'est un restaurant qui a pris près de trois fois plus de réservations qu'il n'a de couverts. Ofgem propose d'ailleurs de faire payer aux grands projets de data centers une caution, remboursée au raccordement, pour garder leur place dans la file.
Ce que le prospectus de Nscale raconte
Le calendrier tombe mal pour Nscale. Le 18 septembre, l'entreprise a déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, le prospectus de son introduction à la Bourse de New York. On l'a lu, et il éclaire la scène mieux que les communiqués.
Au 31 août 2026, Nscale affiche 103,4 milliards de dollars de contrats signés, en service ou à venir. La part déjà en service : 2,6 milliards. Sur le premier semestre 2026, l'entreprise a réalisé 140,6 millions de dollars de chiffre d'affaires, pour une perte nette de 1,02 milliard.
Ce carnet repose sur deux noms. Microsoft d'abord, avec des contrats signés entre septembre 2025 et avril 2026, qui prévoient jusqu'à 43,8 milliards de dollars de paiements jusqu'à fin 2033. Anthropic ensuite : le 25 août 2026, le créateur de Claude a signé quatre contrats pour un total pouvant atteindre 44,6 milliards, sur un campus de Virginie-Occidentale.
Le même document précise qu'à sa date, Nscale n'avait obtenu aucun engagement ferme pour financer les puces et les bâtiments que ces contrats Anthropic exigent. Et si une tranche prend du retard, Anthropic peut la résilier sans pénalité. Un carnet de commandes ressemble à une liste de mariage : rien n'est payé tant que le cadeau n'est pas livré. Loughton montre ce qui arrive quand la livraison dépend d'un tiers.
Le prospectus ne nomme jamais Loughton. Son tableau des sites porte une ligne « Royaume-Uni, détenu, 50 mégawatts, sous contrat », qui correspond à sa description : le pays, la propriété, la puissance. C'était au 31 août, et aucune version amendée n'a été déposée depuis.
Anthropic en relais, au conditionnel
Le même 19 octobre, Bloomberg rapportait, selon des personnes au fait du dossier, qu'Anthropic et Nscale seraient sur le point d'annoncer un second contrat d'environ 45 milliards de dollars. D'après TechCrunch, qui relaie l'information, ces sources préviennent que les discussions continuent et que les détails peuvent changer. Ni Nscale ni Anthropic n'ont commenté.
La veille, toujours selon Bloomberg, des investisseurs contestaient la valorisation d'environ 30 milliards de dollars visée par Nscale pour son entrée en Bourse. Aucune des deux informations n'est écrite par une des parties. On les garde pour ce qu'elles sont : le climat autour d'un dossier, pas des faits acquis.
Ce qui est écrit, en revanche, c'est la dépendance. Nscale le reconnaît dans ses facteurs de risque : toute baisse de la demande de Microsoft ou d'Anthropic nuirait à son activité. En 2025, son plus gros client pesait 73 % de son chiffre d'affaires.
Le souverain branché sur la prise d'un autre
Reste le mot de Keir Starmer. Le plus grand supercalculateur britannique devait être exploité par une entreprise britannique, mais rempli par un client américain, pour faire tourner son cloud. L'autre volet de l'annonce de septembre 2025, Stargate UK avec OpenAI, a perdu OpenAI en avril 2026, selon le même prospectus.
On s'est déjà demandé ce que coûterait vraiment un cloud souverain, et ce que les data centers prennent aux territoires qui les accueillent. Loughton ajoute une pièce plus terre à terre : la souveraineté numérique d'un pays se joue aussi au guichet du gestionnaire de réseau, et dans le montage financier de ceux qui bâtissent, dont on avait regardé ce que la SEC écrit vraiment.
Les puces devaient arriver au premier trimestre 2027. Pour le courant, personne n'a encore donné de date ferme.
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Questions fréquentes
Pourquoi Microsoft quitte-t-il le projet de Loughton ?
Quand le site de Loughton aura-t-il assez d'électricité ?
Combien de projets attendent un raccordement au réseau britannique ?
Que dit le prospectus de Nscale sur ses contrats avec Anthropic ?
Anthropic a-t-il signé un second contrat avec Nscale ?

Alexandre Noto
Co-fondateur & Expert Tech
Alexandre est dans la tech depuis plus de 20 ans. Entrepreneur, architecte logiciel et passionné d'intelligence artificielle, il traduit les concepts complexes en explications accessibles. Chez Declic Media, il est la voix technique qui rend l'IA compréhensible pour tous.
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